Article dans l' Est Républicain ( 3/5 )

23 juillet 2014 - 14:10

Suite du dossier " Voyages halieuthiques " de L'est Républicain

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/07/23/a-l-ombre-sous-le-soleil#jimage=B8C4F3F6-E966-47DC-90C9-2F607676484F

Épinal. Troisième leçon de pêche et le début d’une certitude : la pêche est une histoire de persévérance et de ténacité. Au pêcheur d’être aussi têtu que le poisson qu’il vise !

Aujourd’hui, c’est avec Stanislas Freyheit, pêcheur à la mouche passionné, natif des Vosges, et monteur professionnel de mouches « 100 % made in France » que nous partons à la découverte de la pêche à la mouche – ou plutôt à la nymphe – pour rechercher un ombre commun. Le Thymalus thymalus (son nom latin) tient son nom de l’odeur de thym que ce salmonidé est censé dégager. Réputé pour sa robe étonnante, il est doté d’une nageoire dorsale particulièrement coloré et identifiable à la ligne dorée qui marque ses flancs.

C’est en aval d’Épinal, dans les courants de la moyenne Moselle, plutôt basse en cette fin du mois de juin très sec, que nous prenons nos quartiers. Nous voilà fagotés des fameux « waders », tenue indissociable du pêcheur à la mouche en rivière. Une sorte de tout en un, salopette néoprène avec poches ventrales intégrées, qui vous englobe des doigts de pieds jusqu’au thorax vous rendant, le temps d’une pêche, totalement imperméable.

« Waders », donc… casquette, lunettes de soleil et sac-à-dos, nous voilà équipés. « C’est tout l’intérêt de cette technique de pêche – itinérante – avec un équipement léger », souligne Stanislas. Une canne, quelques leurres et une épuisette suffisent. Depuis les berges, nous progressons d’un bras à l’autre de la rivière, en quête d’une « bonne veine », soit un courant marqué, en prenant garde de ne pas glisser sur les galets visqueux qui minent le fond de la rivière.

Si la pêche à la mouche est idéale pour chercher la truite, c’est une de ses variantes – la pêche à la nymphe (état de métamorphose d’un insecte entre la larve et l’insecte parfait) – qui va nous permettre de chercher l’ombre commun.

Un ballet aquatique millimétré

À l’inverse de la mouche, que le poisson gobe en surface, la nymphe semble idéale pour l’ombre « qui se nourrit à 80 % sous l’eau ». Le geste est dont le même que pour la pêche à la mouche, mais le leurre est posé sous l’eau plutôt qu’en surface.

Installés en aval d’un courant que le spécialiste a identifié comme une veine à fort potentiel, nous débutons ce qui ressemble à un ballet aquatique à la chorégraphie millimétrée.

Canne en main, à la manière d’un dompteur de fauves, nous fouettons l’air avant de poser le leurre dans le courant, pour le laisser s’enfoncer dans l’eau tumultueuse et dériver jusqu’en dessous de la canne. L’opération est répétée à trois reprises, puis nous effectuons un pas aussi discret que possible… dans l’eau vers l’amont pour changer de place et remonter le courant.

En clair, Stanislas chorégraphie en maître de ballet et répète patiemment : « Fouettez, prenez contact ! Voilà belle dérive… on fait un pas de côté en évitant de se déplacer comme un sanglier ! Et on relance ». Outre les mouvements à intégrer, cette technique de pêche demande une importante concentration car la touche de l’ombre étant très légère, la ligne est surveillée en permanence pour y détecter la touche visuellement. Pas facile pour un novice de s’adonner à cette pêche très fine et technique, qui demande de surcroît « une bonne connaissance de la biologie du poisson », précise notre hôte.

Autant le dire de suite, si Stanislas en pêcheur averti a ferré quelques beaux spécimens de Thymalus thymalus (remis à l’eau par cet adepte de la pêche raisonnée), nous avons fait chou blanc. Pas l’ombre d’un ombre au bout de la ligne. Mais le plaisir d’avoir découvert une pêche, très active, voire addictive. Qui vous rapproche indéniablement de la nature et vous laissera un goût délicieux de liberté et d’aventure.

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