Des pêcheurs tendus devant le filet

5 octobre 2014 - 20:51

Il n’y a pas que les filets qui étaient tendus, hier et avant-hier, sur la berge de l’étang de Parroy. Les pêcheurs de la Carache lunévilloise, qui loue le lieu, l’étaient aussi. Et pour cause.

En deux jours, l’Onema (office national de l’eau et des milieux aquatiques) a prélevé, dans ses seize filets, près de 100 kilos de poissons en deux relèves, condamnés à mort pour la plupart. Un sandre et deux brochets ont échappé à ce destin funeste.

« Lors du dernier échantillonnage, sur les 2.500 poissons pris, 525 sandres ont été perdus », rappelle Serge Berini, président de la Carache, rapport en main. « Un carnassier recherché et fragile. » Le président et une dizaine de pêcheurs de l’association ont encadré les huit intervenants de l’Onema qui procédaient à cette nouvelle opération d’échantillonnage, prévue tous les 6 ans. « Là, on tue des poissons pour une étude imposée par une directive-cadre européenne sur l’eau, qui ne sert à rien. Moi, on m’a demandé de valider l’opération, je n’ai pas eu le choix. J’ai pourtant essayé d’intervenir avant. Je ne suis pas le seul à rouspéter, à Autun, un autre président d’association n’est pas d’accord », poursuit Serge Berini. « Nous n’avons jamais eu de problème ici, nous connaissons bien ce qu’il y a dans l’étang. Pour preuve, ils n’ont pas pris de tanche et de carpe qui sont pourtant présentes. » Un pêcheur à côté de lui s’exclame, lorsqu’un filet est déployé avec son lot de poissons pendus et sans vie : « Ces beaux gardons crevés, c’est répugnant ! » « Vous massacrez le poisson », s’emporte un autre. Des pêcheurs à qui on a recommandé et qui pratiquent pour la plupart la remise à l’eau (No kill). « La pêche électrique pour ce genre d’opération, comme cela se passe en rivière, pourrait être une solution », reprend Serge Berini. « Elle se pratique à l’étang du Plain à Damelevières. »

100 kilos sur 30 tonnes

« Le point de vue des pêcheurs est légitime mais ils n’ont pas le choix », reconnaît Marc Collas de l’Onema, technicien en charge de l’opération, venu de Metz avec sept intervenants. « Et le poisson n’appartient à personne. De plus, 100 kilos pris sur la trentaine de tonnes que devrait contenir le plan d’eau de Parroy, ce n’est rien. Ce sont les seules personnes mécontentes. » Le technicien a reconnu le gros inconvénient de cette méthode létale qu’est la pêche au filet, retenue par l’Europe. « Quand on peut relâcher des vivants, on ne se prive pas. » Quant à la pêche électrique, pour lui, elle n’est pas adaptée au trop gros volume d’un étang.

« L’agence de l’eau Rhin-Meuse chapeaute toutes ses opérations qui ne s’arrêtent pas aux prélèvements du poisson, mais concernent aussi les analyses d’eau, de sédiments, des végétaux, les micro-invertébrés… Nous avons beaucoup de retard sur la connaissance des plans d’eau en France et nous sommes obligés de suivre les objectifs de la directive-cadre. » Des données qui permettront de savoir si les activités humaines autour des plans d’eau a une incidence sur le milieu aquatique. « A Parroy, il y a beaucoup d’activités agricoles près de l’étang », cite le technicien.

Dans le groupe des pêcheurs, Serge Berini confie : « Nous restons des bénévoles qui tentons d’être au maximum au service des pêcheurs en maintenant des lieux de pêche en qualité et quantité. Nous souhaitons une autre méthode que celle létale. »

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